Il manquait un espace de liaison directe entre les romans et vous. Un lieu sans filtre, sans algorithme tiers et sans artifices marketing pour poser les valises, ouvrir les tiroirs et parler franchement de ce qui se cache derrière les livres. C'est exactement la vocation de ce carnet de bord.
Pourquoi ouvrir ce blog aujourd'hui ? La vérité, c'est que la plupart des textes que vous trouverez ici n'ont pas été rédigés pour faire du remplissage ou répondre à un planning de publication. Ils étaient déjà là, dans mes cartons, accumulés au fil des mois sous forme de notes de travail, de réflexions sur le métier d'auteur, de carnets de préparation ou de brouillons de pensées nés en marge de l'écriture de mes romans.
14/09/2026
Entre deux livres : la traversée du désert et la remise à zéro de l'imagination.
Quand on pose le point final d'un roman, l'illusion extérieure veut que l'auteur pousse un grand soupir de soulagement, referme son dossier et s'installe confortablement en attendant les applaudissements. La réalité est beaucoup plus austère, et pour tout dire, un brin vertigineuse.
Il y a ce moment suspendu — cette période de battement entre deux livres — où le silence retombe dans l'atelier. C'est ce que j'appelle la remise à zéro de l'imagination. Un passage à vide nécessaire mais redoutable, où le cerveau, vidé de ses personnages et de ses impératifs narratifs, se retrouve face à un grand espace blanc.
Certains livres marquent plus que d'autres, et la sortie d'écriture laisse des traces proportionnelles à l'intensité du voyage. Le Cercueil d'Acier reste à ce titre une expérience particulièrement marquante et éprouvante.
Quand l'histoire se referme sur une impasse tragique
Écrire une fin heureuse offre un soulagement confortable ; on referme le manuscrit sur un équilibre retrouvé, les personnages trouvent leur place, et le flux créatif peut doucement s'apaiser. Mais lorsque le choix narratif exige une issue implacable, le bilan est tout autre.
Dans Le Cercueil d'Acier, la trajectoire des protagonistes ne laissait aucune place au salut. C'était un huis clos géopolitique et humain, un engrenage de contraintes, de tensions et d'erreurs calculées qui menait inéluctablement vers une issue tragique pour l'ensemble des personnages. Pas de rédemption de dernière minute, pas de miracle technologique, pas de porte de sortie inespérée : le piège s'est refermé jusqu'au bout, exactement là où la logique froide du récit l'exigeait.
Passer des mois au quotidien dans une atmosphère aussi lourde, à faire évoluer des figures qu'on sait condamnées par la mécanique de l'intrigue, pèse lourd sur la structure mentale.
Le sas de décompression
Lorsque le dernier mot de ce type de roman est tapé, l'effet de souffle est immédiat. On ne sort pas indemne d'un tel huis clos. Les personnages qu'on a habités, suivis et malmenés s'évanouissent d'un coup, laissant derrière eux un vide sidéral.
C'est là que s'ouvre la phase de remise à zéro. Pendant plusieurs jours, l'imagination est en grève. Les rouages grippés refusent de s'emballer pour une nouvelle idée. Toute tentative de démarrer un nouveau synopsis se heurte à un mur de lassitude : les voix du livre précédent résonnent encore, et l'espace mental est saturé par cette fin sans appel.
Il faut accepter ce silence. Ne rien forcer, laisser la poussière retomber, et admettre que l'écriture n'est pas une ligne de production ininterrompue. C'est un cycle biologique : il faut vider totalement les réserves pour que l'esprit accepte, plus tard, de se laisser hanter par un nouveau monde. En attendant, on regarde l'écran noir, on respire, et on laisse le temps au compteur de revenir à zéro.