Il manquait un espace de liaison directe entre les romans et vous. Un lieu sans filtre, sans algorithme tiers et sans artifices marketing pour poser les valises, ouvrir les tiroirs et parler franchement de ce qui se cache derrière les livres. C'est exactement la vocation de ce carnet de bord.
Pourquoi ouvrir ce blog aujourd'hui ? La vérité, c'est que la plupart des textes que vous trouverez ici n'ont pas été rédigés pour faire du remplissage ou répondre à un planning de publication. Ils étaient déjà là, dans mes cartons, accumulés au fil des mois sous forme de notes de travail, de réflexions sur le métier d'auteur, de carnets de préparation ou de brouillons de pensées nés en marge de l'écriture de mes romans.
25/08/2026
Et si on arrêtait de courir après les quatre cents pages ?
On s'impose parfois des standards invisibles, persuadé qu'ils constituent la mesure étalon du travail bien fait. Pendant longtemps, j'ai cru que pour qu'un roman de science-fiction soit pris au sérieux, pour qu'il offre une vraie immersion et que le lecteur en ait pour son argent, il devait impérativement flirter avec la barre des quatre cents pages.
C'était une erreur. Voire un piège que l'on se tend à soi-même par pure générosité mal placée.
Vouloir à tout prix atteindre ce chiffre fatidique, c'est partir du principe que la valeur d'un livre se pèse au kilo. C'est vouloir en donner « plus » au lecteur, accumuler les pages, étoffer, quitte à diluer la sauce. Mais à ce jeu-là, on frôle dangereusement le remplissage. On ajoute des scènes de transition superflues, on étire des descriptions qui n'en demandaient pas autant, et on finit par émousser le tranchant de l'histoire.
Or, un roman n'est pas une course d'endurance ou un concours de volume. C'est une mécanique de précision. En science-fiction en particulier, l'efficacité, la tension narrative et la justesse du rythme comptent infiniment plus que l'épaisseur du dos sur l'étagère. Un récit doit faire exactement la longueur dont il a besoin pour exister — pas une ligne de plus, pas une de moins. Si une intrigue tient en deux cent cinquante pages percutantes, vouloir l'étirer de force pour faire « roman sérieux », c'est trahir le texte et lasser celui qui le lit.
Le véritable respect du lecteur ne réside pas dans le nombre de kilos de papier qu'on lui livre, mais dans l'intensité de ce qu'on lui fait traverser. Ne jamais l'ennuyer, aller droit à l'essentiel, laisser les idées respirer sans les noyer sous la graisse narrative : voilà la vraie exigence.
Il est grand temps de lâcher prise sur ces quotas imaginaires. Moins de superflu, plus d'impact.
C'est le contrat que je me fixe désormais pour les prochains textes : laisser l'histoire dicter sa loi, s'arrêter quand elle est finie, et faire confiance au lecteur pour apprécier la précision plutôt que la surcharge pondérale.