Il manquait un espace de liaison directe entre les romans et vous. Un lieu sans filtre, sans algorithme tiers et sans artifices marketing pour poser les valises, ouvrir les tiroirs et parler franchement de ce qui se cache derrière les livres. C'est exactement la vocation de ce carnet de bord.
Pourquoi ouvrir ce blog aujourd'hui ? La vérité, c'est que la plupart des textes que vous trouverez ici n'ont pas été rédigés pour faire du remplissage ou répondre à un planning de publication. Ils étaient déjà là, dans mes cartons, accumulés au fil des mois sous forme de notes de travail, de réflexions sur le métier d'auteur, de carnets de préparation ou de brouillons de pensées nés en marge de l'écriture de mes romans.
29/09/2026
L'IA, nouveau tabou de l'édition classique
La récente polémique entourant C'était ça ou mourir de Thélyson Orélien agit comme un révélateur brutal des fractures de l'écosystème littéraire traditionnel. Le roman n'est pas attaqué sur ses qualités stylistiques ou narratives: il a d'ailleurs été salué par la critique et figurait en lice pour le prestigieux prix Goncourt. Le grief de l'institution se situe ailleurs, dans l'ombre du processus créatif : la suspicion d'une co-écriture assistée par l'intelligence artificielle.
L'injonction paradoxale de la transparence
Le véritable scandale, aux yeux des gardiens du dogme littéraire, réside dans l'omission. L'hypocrisie de ce procès tient à l'exigence d'une transparence qui, dans le climat éditorial actuel, équivaudrait à un suicide professionnel. Le reproche central fait à l'auteur est d'avoir produit un best-seller sans y apposer l'étiquette de l'assistance algorithmique.
Pourtant, le choix du silence était la seule stratégie viable pour accéder à la publication. Les comités de lecture classiques perçoivent encore l'outil technologique comme une menace existentielle plutôt que comme un levier de création. Assumer l'usage d'une IA dès la soumission du manuscrit aurait garanti un rejet pur et simple, privant le public d'une œuvre majeure sous couvert de règles héritées du siècle dernier.
L'ingénierie textuelle et l'illusion de la facilité
L'intégration des modèles de langage dans l'écriture romanesque est souvent fondamentalement incomprise. En tant qu'auteur utilisant moi-même ces technologies pour l'édition structurelle et la conception, il est impératif de dissiper un mythe : produire une œuvre d'une telle envergure avec l'IA relève d'un exploit littéraire autant que technique.
L'orchestration d'un tel projet exige une direction d'auteur implacable. Qu'il s'agisse de maintenir une cohérence narrative stricte, de structurer la tension ou de procéder à un travail de relecture d'une précision chirurgicale, l'intelligence artificielle n'est pas un pilote automatique. Le véritable effort réside dans :
Croire qu'il suffit d'une poignée de commandes pour générer un ouvrage salué par la critique littéraire est une méconnaissance totale des réalités de la création assistée contemporaine.
Le résultat prime sur la méthode
Si la production d'un chef-d'œuvre se résumait à l'exécution d'un logiciel, les listes des grands prix seraient inondées de centaines de candidats automatisés chaque année. La rareté des œuvres de ce calibre prouve précisément l'inverse : l'excellence nécessite une vision humaine, capable de maîtriser et de transcender la puissance de calcul.
Priver les lecteurs d'une œuvre aboutie pour des questions de conformité méthodologique est une aberration. Un grand livre demeure un grand livre, qu'il ait été couché sur papier à la plume, tapé à la machine, ou sculpté avec l'appui de réseaux de neurones complexes. L'industrie de l'édition devra inévitablement dépasser cette posture de rejet, sous peine de s'isoler définitivement des nouvelles architectures de la création littéraire.