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Il manquait un espace de liaison directe entre les romans et vous. Un lieu sans filtre, sans algorithme tiers et sans artifices marketing pour poser les valises, ouvrir les tiroirs et parler franchement de ce qui se cache derrière les livres. C'est exactement la vocation de ce carnet de bord.

Pourquoi ouvrir ce blog aujourd'hui ? La vérité, c'est que la plupart des textes que vous trouverez ici n'ont pas été rédigés pour faire du remplissage ou répondre à un planning de publication. Ils étaient déjà là, dans mes cartons, accumulés au fil des mois sous forme de notes de travail, de réflexions sur le métier d'auteur, de carnets de préparation ou de brouillons de pensées nés en marge de l'écriture de mes romans.

 

Travailler sur plusieurs Romans ?

08/09/2026

Travailler sur plusieurs Romans ?

Travailler plusieurs romans : vaut-il mieux écrire un roman à la fois ou jongler entre plusieurs projets ?

 

C'est une question récurrente chez les auteurs : faut-il consacrer toute son énergie à un seul manuscrit jusqu'à son achèvement, ou est-il plus productif de mener de front plusieurs chantiers littéraires ? La tentation de céder à l'appel d'une nouvelle intrigue est permanente. Le syndrome de la "nouvelle idée brillante" vient souvent parasiter un texte en cours de rédaction, surtout lorsque celui-ci traverse une phase narrative complexe. En réalité, face à ce dilemme, il n'existe pas une méthode unique ou miraculeuse du « grand auteur ». Si certains refusent catégoriquement de quitter l'immersion d'un premier jet avant d'avoir posé le point final, d'autres jonglent allègrement entre les projets.

La méthode du grand écart : deux façons de travailler

 

L'histoire littéraire regorge de contre-exemples. Alexandre Dumas, par exemple, menait fréquemment plusieurs romans en même temps. Cette méthode était dictée par ses parutions épisodiques en feuilletons, l'obligeant à passer d'une intrigue ou d'une époque historique à l'autre en permanence. Honoré de Balzac a également maintenu une cadence d'écriture exceptionnelle, produisant plusieurs romans et textes journalistiques au cours d'une même année.

 

Cependant, reproduire ce schéma à l'ère moderne sans s'y perdre relève souvent de l'acrobatie.

 

Ce que font réellement les professionnels

 

Dans le milieu de l'édition, le vrai « multitâche » n'implique presque jamais d'écrire activement deux premiers jets le même jour. Un auteur professionnel, tout comme un indépendant gérant son propre label, gère plutôt un flux de production (un pipeline). Il est courant d'avoir :

 

  • Un roman A en phase de rédaction active (le premier jet).

 

  • Un roman B en phase de préparation, de recherche documentaire ou de planification.

 

  • Un roman C en pleine révision ou soumis aux bêta-lecteurs.

 

  • Un autre projet en attente de retours éditoriaux ou en phase de conception graphique.

 

C'est un schéma classique : on peut avoir trois projets ouverts, mais à des stades de développement strictement distincts.

 

Recommandation pratique : Protéger la cohérence

 

Pour un auteur de science-fiction qui construit des univers complexes (une démarche particulièrement exigeante lorsqu'on privilégie les intrigues resserrées plutôt que de longues sagas diluées), la règle d'or reste de conserver un seul roman en première rédaction active.

 

Vous pouvez tenir un carnet ou un dossier de développement pour un second projet. Cette méthode protège la cohérence du premier livre (la voix, l'arc des personnages, les règles physiques du monde, les enjeux dramatiques) sans pour autant perdre les idées qui surgiraient pour le roman suivant.

 

Il est possible de basculer temporairement vers un autre texte si le projet principal est bloqué depuis plusieurs séances. Toutefois, imposez-vous une règle stricte : allouez par exemple 80 % de votre temps d'écriture au roman principal et 20 % au projet secondaire. L'objectif est que ce second projet serve de respiration créative, et non de moyen élégant pour procrastiner et retarder l'achèvement du premier.

 

Le contre-exemple de la détresse émotionnelle

 

Il existe cependant des exceptions où cette bascule vers un projet secondaire devient vitale. Lors de l'écriture du volume 2 du Cercueil d'Acier, où l'équipage complet du Prométhée devait être sacrifié, je me suis accordé beaucoup plus de temps sur mes autres projets tant l'atmosphère de rédaction devenait lourde.

C'est néanmoins ce qui en fait un roman exceptionnel sur ce plan : un auteur qui s'attache à ses personnages, particulièrement dans un second tome, n'écrit pas ce genre de dénouement sans ressentir une véritable détresse face à ce que l'histoire doit décrire.

Dans ces situations précises, s'investir dans un autre texte n'est plus une dispersion, mais un mécanisme nécessaire pour encaisser le poids émotionnel de son propre récit.

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