Il manquait un espace de liaison directe entre les romans et vous. Un lieu sans filtre, sans algorithme tiers et sans artifices marketing pour poser les valises, ouvrir les tiroirs et parler franchement de ce qui se cache derrière les livres. C'est exactement la vocation de ce carnet de bord.
Pourquoi ouvrir ce blog aujourd'hui ? La vérité, c'est que la plupart des textes que vous trouverez ici n'ont pas été rédigés pour faire du remplissage ou répondre à un planning de publication. Ils étaient déjà là, dans mes cartons, accumulés au fil des mois sous forme de notes de travail, de réflexions sur le métier d'auteur, de carnets de préparation ou de brouillons de pensées nés en marge de l'écriture de mes romans.
11/08/2026
La recherche futile de l'impossible perfection.
Il y a un piège redoutable dans lequel tout créateur finit par tomber tôt ou tard, souvent avec le sourire, intimement convaincu qu'il s'agit d'une vertu : la quête absolue de la perfection. C'est un mirage qui flatte l'ego de l'auteur mais qui, en réalité, paralyse l'œuvre. On passe des heures, parfois des jours entiers, à polir une phrase, à déplacer une virgule, à réécrire un paragraphe pour la dixième fois, en se persuadant que c'est de cette minutie maniaque que dépendra la réussite du livre
C'est une illusion extrêmement confortable. Inconsciemment, c'est même souvent un excellent prétexte pour reculer face au véritable travail : celui de faire avancer l'intrigue et de confronter son texte à sa finalité.
L'organisme vivant contre la mécanique de précision
À force de vouloir tout lisser, tout justifier et tout rendre irréprochable dès le premier passage, on finit par stériliser le texte. Un roman n'est pas un circuit imprimé aux soudures microscopiques, ni l'électronique de bord d'un avion de chasse où la moindre défaillance millimétrique provoque le crash du système.
Au contraire, un récit est un organisme vivant. Il a besoin d'imperfections organiques pour respirer, de légers déséquilibres pour créer du mouvement. Vouloir gommer la moindre aspérité avec un papier de verre trop fin, c'est prendre le risque d'enlever toute âme à l'histoire, d'aseptiser la voix des personnages, et surtout, d'épuiser son énergie créatrice avant même d'avoir bouclé le scénario.
Le vertige du contrôle chez l'auteur indépendant
Dans le monde de l'édition indépendante, ce travers nous guette avec une acuité particulière. L'indépendance offre une liberté totale, mais elle fait peser sur nos seules épaules le poids de chaque décision.
Puisque l'on maîtrise l'ensemble de la chaîne de production :
...la tentation est immense de vouloir tout contrôler à l'extrême. Sans regard éditorial externe pour nous dire d'arrêter, on devient son propre censeur, terrifié à l'idée qu'un détail typographique, narratif ou visuel ne soit pas tout à fait à sa place. Le perfectionnisme se transforme alors en une prison que l'on a bâtie soi-même.
Savoir déclarer un texte « suffisamment bon »
Pourtant, l'expérience enseigne une vérité libératrice : le livre parfait n'existe pas. Il y a un moment charnière dans la création où il faut savoir faire preuve d'humilité et lâcher prise. Il faut accepter qu'un chapitre, une description ou un dialogue soit « suffisamment bon » pour pouvoir avancer, et laisser le texte vivre par lui-même.
La véritable force d'un récit de science-fiction ne réside pas dans une absence clinique et totale de défauts. Elle se trouve dans :
Laisser de côté cette quête stérile de la perfection, ce n'est pas baisser ses exigences. C'est faire preuve de pragmatisme et s'autoriser, enfin, à terminer ce que l'on a commencé pour l'offrir aux lecteurs.